vendredi 23 mai 2025 à 14:26

Co-fondatrice de Pinstrap. J’aime les pixels bien placés, les mots bien sentis, et les concepts qui laissent une trace (dans la tête, pas dans l’atmosphère). Dotée d'un humour indéniablement violent, je vulgarise les sujets complexes pour que chacun, même le plus éclaté, comprenne les sujets relatifs à la com'/ marketing/ design/ tech etc. En gros je vous facilite la vie et vos projets de fac ou d'école de commerce.

Vous vous imaginez lancer une campagne publicitaire en Chine avec une dominante de rouge, pensant évoquer la passion et l'énergie ?
Gros fail. Là-bas, le rouge est aussi la couleur des mariages et de la chance. Pas forcément le message que vous vouliez transmettre. Ou encore, vous utilisez le chiffre 4 dans votre branding au Japon, ignorant que ce chiffre est associé à la mort dans la culture japonaise en raison de sa prononciation similaire au mot "shi".
Ces exemples illustrent à quel point le design ne peut pas être universel. Chaque couleur, symbole, chiffre peut avoir une signification différente selon les cultures. Et c’est là que le design religieux et culturel entre en jeu. On parle ici d’une discipline qui exige une compréhension profonde des nuances culturelles pour éviter les faux pas ou le bannissement par le pays en question.
Parlons des couleurs, ou plutôt, de la mine antipersonnel chromatique que constitue chaque choix colorimétrique dès qu’on sort d’un brief européen centré Helvetica et bleu roi. Carnage. Les couleurs sont tout sauf neutres. Ce sont des marqueurs culturels, religieux, émotionnels, et parfois même politiques. Elles déclenchent des réactions automatiques, des souvenirs, des rejets instinctifs. Et dans certaines cultures, elles peuvent même être taboues.
Prenons un cas concret. La Chine, où le blanc n’est pas la couleur de la pureté comme en Occident, mais celle du deuil, réservée aux enterrements. Un packaging immaculé pour des dragées ou une pub de mariage peut ainsi évoquer la mort plutôt que la célébration.
À l'inverse, le rouge, qu'on associe volontiers à la colère ou au danger dans les pays occidentaux, est la couleur suprême de la chance, du bonheur et de la prospérité. Elle est omniprésente dans les mariages chinois, les célébrations du Nouvel An lunaire, et même dans les enveloppes contenant de l'argent (les fameux hongbao).
D’un point de vue neuropsychologique, les couleurs activent des zones spécifiques du cerveau, à savoir l’amygdale (centre émotionnel) et le cortex visuel sont particulièrement stimulés. Une étude menée par l’université de Winnipeg (2022) a montré que le rouge augmente le rythme cardiaque et la vigilance de 19 % chez les sujets exposés, ce qui explique son usage répandu dans les campagnes d’alerte… mais aussi sa capacité à provoquer un rejet si mal dosé.
Ce n’est pas pour rien que Coca-Cola a dû adapter son rouge dans certaines zones du Moyen-Orient, en le rendant plus sombre et moins saturé pour éviter l’agressivité visuelle dans les environnements très lumineux.
Encore plus frappant, en Inde, le safran, cette teinte orangée tirant vers l’or, est sacré dans l’hindouisme. Il incarne la spiritualité, l’ascèse, et les valeurs supérieures. Mais dans un contexte politique, il peut aussi évoquer le nationalisme hindou.
Même en Europe, on n’est pas à l’abri. Le vert, considéré dans le branding tech comme un gage de durabilité et d’éco-responsabilité, est perçu différemment dans le monde musulman, où il est symbole de paradis, de protection divine et de lien au prophète Muhammad.
D’un point de vue marketing pur, une étude Nielsen (2023) indique que 85 % des consommateurs citent la couleur comme principale raison de l’achat d’un produit, et que les marques qui changent de palette trop brutalement perdent en moyenne 27 % de reconnaissance spontanée dans les 6 mois suivant le rebranding.
On comprend mieux pourquoi des entreprises comme McDonald’s en Europe ont choisi d’abandonner progressivement leur rouge agressif au profit du vert olive, dans un effort de repositionnement “slow food” et responsable. Et pourquoi certaines filiales de la même marque, comme en Inde, ont conservé le rouge vif pour maintenir un ancrage émotionnel fort.
La morale ? Il ne suffit pas de choisir une couleur “qui attire l’œil”. Il faut savoir ce que cette couleur dit, et à qui elle parle. Et plus encore, ce qu’elle peut évoquer malgré toi. Travailler sur une charte graphique à l’international sans une compréhension approfondie de la symbolique des couleurs, c’est comme jouer à la roulette russe avec des pots de peinture. Tu as peut-être de la chance… ou tu viens de peindre ton logo dans la couleur du deuil, du blasphème ou de l’extrême droite locale. Bravo, champion.
Prenons le chiffre 4, par exemple. Dans de nombreuses cultures asiatiques, notamment en Chine, au Japon et en Corée, le chiffre 4 est associé à la mort en raison de sa prononciation similaire au mot "mort" en mandarin (“sì” pour 4 et “sǐ” pour mort). Cette superstition, connue sous le nom de “tétraphobie”, conduit à l'évitement du chiffre 4 dans les numéros de chambres d'hôtel, les plaques d'immatriculation et les étages des bâtiments. Des entreprises comme Nokia ont évité de nommer leurs modèles avec le chiffre 4 pour ne pas heurter la sensibilité des marchés asiatiques.
À l'inverse, le chiffre 8 est considéré comme porte-bonheur en Chine car il se prononce de manière similaire au mot "prospérité" (“bā” pour 8 et “fā” pour prospérité). Cette croyance est si forte que les organisateurs des Jeux olympiques de Pékin ont choisi de débuter la cérémonie d'ouverture le 8 août 2008 à 20h08 (08/08/08 à 08:08), alignant ainsi la date et l'heure sur ce chiffre “auspicious”. Du forcing à l’état pur.
Dans le monde occidental, le chiffre 13 est souvent associé à la malchance, une superstition qui trouve ses racines dans des événements historiques et religieux. Cette peur du 13, appelée “triskaïdékaphobie”, conduit à l'absence de 13e étage dans de nombreux immeubles et à l'évitement de ce chiffre dans les numéros de sièges d'avion ou de chambres d'hôtel.
Le chiffre 7 possède une signification spirituelle profonde dans plusieurs traditions religieuses. Dans le christianisme, il symbolise la perfection et la complétude, comme en témoigne la création du monde en 7 jours selon la Genèse. Dans le judaïsme, le chiffre 7 est également sacré, représentant les sept jours de la semaine et les sept branches de la Menorah. Dans le bouddhisme, le Bouddha aurait fait sept pas dans chacune des quatre directions après sa naissance, symbolisant la portée universelle de son enseignement.
La numérologie, l'étude ésotérique des nombres, attribue également des significations spécifiques à chaque chiffre. Par exemple, le chiffre 3 est souvent associé à la créativité, à l'expression et à la croissance, tandis que le chiffre 9 symbolise l'accomplissement et la sagesse. Ces interprétations influencent la conception de logos, de slogans et de campagnes marketing, où l'utilisation de certains chiffres peut renforcer le message ou l'image de marque.
Prenons le svastika, par exemple. Ce symbole, dont l'origine remonte à la préhistoire, est largement utilisé en Inde, notamment dans l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, où il représente des concepts positifs comme le bien-être, la prospérité et l'éternité. Cependant, en Occident, le svastika est principalement associé au nazisme, ce qui peut provoquer des réactions négatives lorsqu'il est utilisé sans contexte approprié. Même dans un contexte approprié en vérité. Tu frôles la prison en jouant avec le feu.
Un autre exemple est l'ânkh, ou croix ansée, un symbole égyptien ancien représentant la vie éternelle. Il est souvent vu dans l'art funéraire égyptien, tenu par des dieux pour symboliser le don de la vie. Dans le christianisme copte, l'ânkh a été adopté comme symbole de la croix, représentant la vie éternelle offerte par le Christ.
La triquetra, un symbole celtique composé de trois arcs entrelacés, est un autre exemple de symbole religieux utilisé dans le design. Dans le christianisme, elle représente la Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Cependant, son utilisation sans compréhension de sa signification peut être perçue comme une appropriation culturelle.
Personnellement, ça me fait plus penser aux illuminatis qu’autre chose.
Il est essentiel pour les designers de comprendre la signification et l'origine des symboles religieux qu'ils utilisent. Une mauvaise utilisation peut non seulement être offensante, mais aussi nuire à la réputation d'une marque, comme par exemple en 2017, où Lidl a été critiqué pour avoir effacé les croix des églises grecques sur les emballages de ses produits alimentaires grecs, provoquant une controverse sur les réseaux sociaux.
Langage corporel qui fait “oui” ici, “blasphème” là-bas.
Les postures corporelles dans les traditions religieuses ne sont pas de simples gestes anodins, non non non, elles sont des expressions profondes de la foi, de la dévotion et de la connexion spirituelle. Mouvement, position du corps, portent en eux une signification symbolique qui communique directement avec le divin.
Tu pensais que lever les mains au ciel, c’était universellement beau, pur et religieux ? Faux, très faux même. Dans certaines églises évangéliques américaines, c’est une extase mystique, une connexion divine. En France ? On te prend juste pour un fan de Coldplay en concert. Et en Corée du Sud ? Lever les bras, c’est ce qu’un enfant fait pour montrer qu’il n’a rien volé dans un magasin. Contexte, always.
Autre erreur culte, aka les mains jointes. Chez les catholiques, c’est la prière. Chez les yogis, c’est le salut de paix intérieure (Namaste). Chez certains asiatiques ? Juste un bonjour poli. Et si t'es dans un quartier huppé de Paris avec les mains jointes, on pourrait croire que tu demandes la Wi-Fi en silence.
Et attention à la prosternation. Dans l’islam, c’est le sommet de la dévotion, mais juste tentes ça sur un plateau télé occidental et on te demandera si t’as perdu tes lentilles. Dans certaines cultures asiatiques, s’incliner au sol peut être un hommage aux ancêtres. Mais dans un open space français, t’as juste l’air d’un stagiaire désespéré qui cherche sa clé USB sous le bureau, ou bien on t’accuseras d’entrisme religieux. Au choix selon ton origine.
S’agenouiller, parlons-en. Chez les moines, c’est sacré. Chez les athlètes américains ? C’est devenu politique (on pense à Colin Kaepernick). Mais chez ton boss ? C’est bizarre. Très bizarre. Et potentiellement RH-compatible.
C’est une bombe à retardement culturelle avec broderie.
Prenons l’abaya. Long manteau noir porté par les femmes dans les pays du Golfe. Utilisé parfois à tort et à travers dans les campagnes de mode pour son “allure fluide et mystique”. Sauf que c’est un vêtement chargé religieusement, souvent lié à des normes de pudeur islamique. Alors non, tu ne le mixes pas avec des cuissardes léopard sur une pub en plein Marais. Tu ne fais pas “de la fusion”. Tu fais un sacrilège.
La kippa maintenant. En contexte juif, c’est un couvre-chef religieux porté pour signifier le respect envers Dieu. Chez les designers mal informés, ça devient “un petit béret original” pour une collection automne-hiver. La marque Zara en 2014 s’en souvient encore, après avoir été accusée d’avoir vendu une chemise rayée avec une étoile jaune “à la manière Auschwitz”. Ils ont voulu le vintage. Ils ont eu l’indignation mondiale. C’est beau n’est ce pas ?
Et on parle de la coiffe amérindienne ? Ce “headwear tribal” porté par des mannequins en body pailleté pendant des défilés Victoria’s Secret ? Dans les tribus concernées, ce couvre-chef est un symbole sacré réservé aux chefs, acquis par mérite. Tu ne l’obtiens pas pour avoir 100 000 abonnés Insta. Chaque plume est un honneur, et toi, bafoueur d’élite, tu l’as commandée sur Etsy à 29€.
Même délire avec le sari indien, qui est souvent utilisé dans les shootings pour “sa grâce féminine et ses couleurs chatoyantes”. Sauf qu’il existe des codes régionaux, religieux et castés ultra précis. Toutes les femmes ne portent pas le même sari au même moment, pour les mêmes raisons.
Le kimono, quant à lui, a fait l’objet d’un conflit international quand Kim Kardashian a voulu appeler sa marque de shapewear… “Kimono” 0 shame. Pas besoin d’expliquer pourquoi les Japonais ont vu rouge. Le kimono, c’est un pilier identitaire national. Et là, on te l’associe à une gaine. Bah super.
Alors souviens-toi pour toujours : vérifie si le tissu que tu veux vendre est celui qu’on porte à un enterrement dans 6 pays. Ne dessine pas une DA avec de la soie bouddhiste juste pour “l’effet zen”. Rappelle toi qu’on crée du sens, pas du malaise en satin, et surtout, on respecte les cultures. Aucun feed Instagram ne mérite un procès pour appropriation.
Tu vois cette texture brute de bois non traité, façon artisanat noble ? Dans un contexte européen, on pense à l’authenticité, la nature et le retour aux sources. Mais dans certaines cultures asiatiques, ce bois brut peut être assimilé à des matériaux de mort ou de pauvreté, parce qu’on l’utilise pour faire des cercueils ou des meubles funéraires. Et donc, lorsque tu crois faire “simple et sincère”, tu fais “macabre et de mauvais goût”. GG champion.
Parlons du cuir cette fois-ci, grande star du packaging de luxe ou du branding “premium mais viril” catégorie Male Alpha. Sauf que dans l’univers hindou, le cuir est associé à l’impureté, surtout s’il provient de la vache, animal sacré par excellence.
Cependant, attention à la soie. Dans certaines cultures bouddhistes, la soie naturelle est réservée à des usages rituels précis. L’utiliser comme simple matériau graphique ou motif dans un logo peut être vu comme une profanation.
Le papier kraft, lui, est le roi du “fait-main” et du “local-friendly” en Occident. Sauf qu’au Japon, certains types de papiers bruts et non traités sont associés au deuil ou au courrier funéraire. Ce que tu trouves “stylé et texturé” peut rappeler un cercueil ou une urne à un client japonais. Super branding pour vendre des savons.
Et le plastique recyclé ? Dans certaines zones du Moyen-Orient, utiliser du plastique pour un packaging alimentaire ou cosmétique est encore mal perçu. Mais pourquoi cela ? Tout simplement car il évoque le “pas frais”, le “pas propre”, voire le “bas de gamme”. Là où en Europe, tu hurles “écologie !”, on lit “économie douteuse”. Donc au lieu de vendre de l’éthique, tu vends de la méfiance.
Commençons par la flûte, où en Occident, elle représente la rêverie et les forêts enchantées façon pub de yaourt bio. Mais en Amérique latine, certaines mélodies de flûte précolombienne sont liées à des rituels funéraires ou à des appels aux morts. L’effet “zen et naturel” que tu recherchais avec ta flûte dans une pub de savon peut être perçu comme un hommage à l’au-delà. Super l’ambiance.
Parlons maintenant du chant grégorien. Utilisé par certaines marques pour faire “solennel et premium”. Mais problème, puisque dans des cultures non-chrétiennes (ou même chrétiennes mais hors de la sphère catholique), ce type de musique sacrée peut sembler totalement déplacée, voire perçue comme du prosélytisme.
Et puis il y a le piège suprême, aka l’utilisation de sons traditionnels autochtones ou religieux à des fins commerciales. Tambours sacrés amérindiens dans un spot de yoga, incantations soufies dans une pub de parfum, appel à la prière remixé façon techno dans un défilé de mode etc.
Et parlons des silences, aussi, parce oui faut en parler. Le silence, dans certaines cultures bouddhistes ou shintoïstes, est une forme de respect, de spiritualité, de centrage. Imposer une musique continue et intrusive dans ces contextes, par exemple dans des boutiques, peut être vécu comme une pollution sensorielle.
Même les bruits contextuels sont piégés. Le bruit de cloche, dans le christianisme, va logiquement et naturellement rappeler la messe ou le rassemblement. Mais dans certains pays d’Asie du Sud-Est, ce même son est associé aux cérémonies de mort. Une appli de méditation qui avait ajouté un “gong” en ouverture de session l’a appris à ses dépens, puisqu’au lieu d’apaiser, elle a angoissé.
Et rappelle toi, on ne met pas des nappes sonores en 432 Hz juste parce que “ça connecte avec les chakras”. On étudie. On consulte.
On va commencer fort avec le style gothique (cas un peu extrême).
Tu sais, ces lettres anguleuses, noires, dignes des albums de métal ou des manuscrits médiévaux. En Allemagne, cette typographie évoque directement… l’époque nazie. La “Fraktur” a été utilisée dans la propagande du IIIe Reich, puis rejetée comme “juive” par Hitler lui-même (oui, ça va loin). En 1934, dans un discours devant le Reichstag, le Führer s’insurge: “Voir ou désigner l’écriture gothique comme l’écriture allemande est faux”. Et donc on a une typo un peu trop gothique qui peut sérieusement faire tiquer dans le monde germanophone.
Parlons ensuite des typos pseudo-orientales. Ces polices caricaturales censées évoquer la Chine ou le Japon à grands coups de traits “asiatisants” penchés à 45°. Des polices comme Chop Suey ou Wonton sont devenues des symboles d’exotisme stéréotypé, souvent jugées racistes dans les communautés concernées. Si tu fais une DA de resto fusion avec ça, tu fais pas “authentique”, tu fais “affiche d’un film Kung-Fu de série B en 82”.
Et que dire des typos manuscrites sacrées ? Des agences ont tenté des campagnes de “connexion spirituelle” en utilisant des écritures inspirées du sanskrit, de l’arabe calligraphié, ou de l’hébreu stylisé. Mauvaise idée, parce que ces écritures ne sont pas décoratives, elles ont une fonction sacrée voire divine. Les utiliser pour vendre je ne sais quel produit c’est comme imprimer une pub sur un rouleau de Torah. Félicitations, tu viens d’écrire ton boycott en majuscules.
Cas classique, du vu et revu, la nudité partielle, façon “beauté naturelle”, “corps libéré”, “acceptation de soi” etc. En France, c’est une campagne Dove. Au Moyen-Orient ou dans certaines zones d’Asie du Sud-Est, c’est un blasphème public.
La nudité, même artistique, même suggérée, reste taboue dans de nombreuses cultures religieuses, et cela ne se résume pas à “ils sont coincés”, c’est une norme sociale, morale, parfois même légale.
Et que dire des images de visages ? En Occident, on adore montrer des gens. Gros plans, expressions, émotions, mais dans certaines branches de l’islam ou dans certaines cultures africaines animistes, représenter un visage humain dans un cadre public ou sacré est problématique.
Attention aussi aux postures. Une image de femme assise en tailleur peut sembler banale, mais dans certaines cultures, montrer la plante des pieds à quelqu’un est considéré comme une insulte majeure.
Il y a aussi les animaux. Ah, les animaux. Le cochon, par exemple (khalouf pour les intimes), est mignon dans un contexte occidental. Mais sur une pub alimentaire en Indonésie ? Mauvais move, très mauvais move. Dans les pays musulmans, le porc est un aliment interdit (haram), et une image en rapport, même humoristique, peut déclencher un rejet massif. Et non, ton petit cochon rose kawaii ne fera pas “sourire”. Ne tente pas le diable.
Et ne sous-estime jamais le décor. Une photo de temple bouddhiste ou d’église orthodoxe utilisée comme simple “fond spirituel” pour une pub de lessive ? Oui, ça doit exister. Et en général ça finit souvent par une lettre d’excuses officielle.
Parker Pen, dans sa campagne espagnole, voulait rassurer “It won’t leak in your pocket and embarrass you.” Sauf qu’ils ont traduit par (tu la sens venir) “No se correrá en tu bolsillo y te embarazará.” Traduction littérale (selon contexte) “Il ne vous éjaculera pas dans la poche et ne vous mettra pas enceinte”. Après je ne sais pas si vous vous rendez compte de cette dinguerie monumentale ou non mais…incroyable.
Même des mots “innocents” peuvent être des pièges culturels. Le mot “niqab”, par exemple, n’est pas synonyme de “burqa”. Le niqab couvre le visage sauf les yeux. La burqa quant à elle couvre tout, même les yeux avec un grillage. Les confondre, c’est insulter une nuance religieuse importante. Tu ne mets pas ça dans une fiche produit comme si c’était un choix de t-shirt. C’est du textile sacré, pas du prêt-à-confondre.
Les mots religieux ? Territoire miné. Appeler ta nouvelle boisson “Éden”, ton spa “Nirvana”, ou ton parfum “Jannah” (le paradis en arabe) peut paraître inspiré… jusqu’à ce que tu comprennes que ces mots ont des connotations sacrées, parfois même interdites à la marchandisation dans certaines cultures.
Et l’anglais ? Pas toujours un joker. Beaucoup de cultures anglophones ont des sensibilités très marquées. Utiliser le mot “tribe” dans une stratégie marketing peut être vu comme offensant envers les communautés autochtones qui ont lutté contre l’effacement linguistique. Même chose pour “chief” ou “savage”, cool en typographie urbaine, colonialiste en contexte amérindien.
Autant être clair dès le départ, il n’existe pas, à ce jour, de formation officielle, diplômante, et spécialisée uniquement en design graphique appliqué aux contextes culturels et religieux, ni en France, ni à l’international.
Aucune école de design ne propose un master “Direction artistique interculturelle sacrée”. Aucune fac d’arts appliqués ne t’enseigne comment créer une interface qui respecte à la fois les codes du bouddhisme theravāda et les sensibilités d’un public chiite. C’est dommage. Et très révélateur.
Car aujourd’hui, si tu veux devenir expert dans ce domaine, tu es contraint à l’hybridation. Il faut bricoler ton propre parcours, en combinant :
Une formation en design graphique ou branding classique (ENSAD, Penninghen, Gobelins, UQAM…).
Des spécialisations en anthropologie visuelle, en communication interculturelle ou en sociologie des religions.
Et surtout, un énorme taf personnel d’auto-formation, d’immersion culturelle et de collaboration avec des chercheurs ou des communautés concernées.
Ce que ça révèle ? Que l’expertise en design culturel et religieux est encore considérée comme une niche, un “plus” au lieu d’être une compétence centrale.
Les DA, UI/UX designers ou brand strategists sont largement sous-formés à ce sujet, alors qu’ils travaillent tous sur des projets aux audiences globalisées. Et c’est pour ça qu’on voit encore des bourdes graphiques majeures sortir de studios très cotés.
À l’international, quelques universités américaines (comme NYU, Columbia ou SCAD) abordent ces questions à la croisée du design et de l’interculturalité, notamment via des modules optionnels ou des projets de recherche. Mais là encore, on parle d’initiatives isolées, souvent liées à la volonté d’un prof ou d’un programme de master en design éthique ou global studies.
Côté pro on commence à voir émerger des agences qui se positionnent sur le “cultural branding” ou le “design inclusif”, mais elles restent rares. Les grandes agences internationales (type Pentagram, IDEO, Frog) commencent à former des “cultural consultants”, souvent anthropologues ou chercheurs en sciences humaines, qui interviennent ponctuellement sur les projets sensibles. Mais cela reste l’exception malheureusement, pas la norme.
Chez Pinstrap, on fait attention à tout. Vous nous croyez pas ? Appelez-nous dans ce cas :

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