dimanche 25 mai 2025 à 00:09

Co-fondatrice de Pinstrap. J’aime les pixels bien placés, les mots bien sentis, et les concepts qui laissent une trace (dans la tête, pas dans l’atmosphère). Dotée d'un humour indéniablement violent, je vulgarise les sujets complexes pour que chacun, même le plus éclaté, comprenne les sujets relatifs à la com'/ marketing/ design/ tech etc. En gros je vous facilite la vie et vos projets de fac ou d'école de commerce.

Il fut un temps où le monde était un kaléidoscope vibrant.
Dans un article paru sur Médiapart, relayant les travaux de l’artiste néerlandais Koert van Mensvoort, il est expliqué que plus de 70 % des voitures vendues dans le monde sont désormais grises, noires ou blanches. Cette tendance n’est pas née d’hier, elle a explosé depuis les années 80, décennie d’apparition du design “corporate-friendly”, en même temps que le règne de l’ordinateur et des logos bleus. Si tu ouvres un catalogue automobile des années 50-60, tu tomberas sur des teintes turquoise, des verts olive, des jaunes moutarde, du bordeaux assumé, bref, de l’audace. Aujourd’hui ? Un dégradé Pantone du “neutre fuyant” au “gris administratif”. Et les voitures ne sont que l’arbre qui cache la forêt.
Cette uniformisation chromatique s'étend bien au-delà de l'automobile. Dans le design d'intérieur, la mode, le marketing, la technologie, les couleurs vives cèdent la place à des palettes neutres et épurées. Cette tendance est souvent justifiée par des arguments de simplicité, de sophistication et de modernité. Mais derrière cette façade se cache une réalité plus complexe, où la peur de l'offense, la quête de rentabilité et la mondialisation dictent les choix esthétiques.
Le numérique n’a rien arrangé. Sur les 100 premiers résultats d’une recherche Google Images pour “branding moderne” en 2024, plus de 85 % des identités visuelles utilisent une palette composée de 3 tons maximum, majoritairement noirs, blancs, beiges ou gris ardoise. Une étude publiée par Coloro x WGSN montre que les marques qui utilisent des tons ultra-neutres augmentent leur perception de “sérieux” de 28 %, mais diminuent leur taux de mémorisation de 36 %. Donc oui, tu parais plus fiable, mais on t’oublie deux fois plus vite. En gros ton branding est un somnifère.
Et dans le packaging ? Même combat. Les supermarchés ont remplacé les packagings colorés des années 90 (on se souvient tous du chaos chromatique des yaourts Gervais) par des codes épurés, monochromes, flat design. Un rapport de Mintel de 2023 souligne que les consommateurs associent les tons neutres à des produits “plus sains”, “plus durables” ou “plus premium”. Ce qui ne veut rien dire, mais vend mieux. L’illusion du beige bio, si tu veux.
Si on veut vraiment comprendre comment on est passés d’un monde bariolé à une dystopie beige sponsorisée par les filtres Lightroom, il faut faire un saut dans le passé. On parle ici d’une analyse sérieuse et méthodique de l’évolution chromatique des objets du quotidien, documentée sur plus de deux siècles. Et au cas où tu te poses la question, non, nos ancêtres ne vivaient pas dans un monde sépia.
Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Sheffield (UK) en 2022 a entrepris de classer et d’analyser plus de 7 000 objets datés entre 1800 et 2020 selon leur palette chromatique dominante. On parle ici de tout, à savoir de mobilier, packaging, objets utilitaires, vêtements, jouets, vaisselle, etc. À l’aide d’un algorithme de reconnaissance de teinte (et pas un alternant sous-payé pour une fois), les chercheurs ont découvert que les objets de l’époque victorienne affichaient une richesse chromatique insoupçonnée, avec des tons profonds, souvent issus de pigments naturels : acajou, ocre rouge, vert malachite, bleu indigo, jaune cadmium. Et donc, autrement dit, un tableau de maître à chaque coin de salon.
Le basculement commence à s’opérer entre les années 1920 et 1940, avec l’arrivée des premiers plastiques colorés (bakélite, on t’aime) et du chromé Art Déco. La couleur devient accessible, industrielle, reproductible. Les années 60-70 ? Du rouge tomate, du orange shaggy, du violet électrique… bref, une décennie sponsorisée par Pantone et LSD. C’est aussi l’époque où le design s’affranchit de ses origines aristocratiques et entre chez tout le monde via la pop culture. Barbie rose, Nokia 5110 bleu ciel, Malabar fluo, c’est le baroud d’honneur de l’audace chromatique.
Mais les choses se corsent dans les années 1980, précisément avec l’informatisation massive, le retour de l’économie de marché brutale, et l’invasion du “corporate look”. On découvre soudain que le gris donne l’air sérieux, que le bleu marine rassure les investisseurs et que le beige “passe mieux à l’écran”.
La couleur quitte alors petit à petit les objets personnels pour se retrancher dans les domaines créatifs de niche (art, mode conceptuelle), tandis que le reste devient livide.
Entre 1980 et 2020, la proportion d’objets aux teintes franches diminue de près de 60 %, au profit de tons désaturés, métalliques ou carrément neutres (source Koert van Mensvoort, “The Politics of Color”).
Ce phénomène ne se limite pas à l’Occident. En Chine, par exemple, la progression du blanc et du gris dans l’architecture urbaine depuis 1995 est frappante. Une étude du China Institute of Urban Aesthetics publiée en 2021 note que 90 % des nouvelles constructions commerciales utilisent des palettes considérées comme “globalement neutres” pour favoriser l’attractivité internationale. La couleur devient suspecte, trop locale, trop identitaire et trop risquée.

Et dans le digital, on peut dire que c’est encore pire. Le web des débuts était un carnaval incontrôlé. Aujourd’hui, 92 % des sites les mieux référencés en SEO utilisent des palettes de moins de cinq teintes, et 70 % de ces teintes sont du gris ou du blanc (selon UXPin Report 2023). Et ce n’est pas un bug, c’est plutôt un choix stratégique. Le neutre charge plus vite, offense moins, crée une “expérience fluide”. Sauf qu’à trop lisser l’émotion visuelle, on finit par tout rendre interchangeable.
Ce n’est pas qu’on n’aime plus la couleur. C’est qu’on a appris à la craindre, à la rationner, à la modérer, pour plaire au plus grand nombre, pour ne pas perdre un clic, pour rester poli. Sauf que dans l’histoire de la perception humaine, la politesse visuelle n’a jamais provoqué d’émotion durable. Et encore moins de conversion.
Tu veux vendre à tout le monde ? Commence par ne ressembler à personne. C’est un peu le mantra involontaire de la mondialisation quand on observe ce qu’elle fait aux marques, et surtout à leur usage de la couleur. Il ne s’agit pas d’une stratégie, mais d’une autocensure collective.
Depuis que les entreprises visent l’international comme terrain de jeu (et non plus uniquement leur marché national), les palettes visuelles ont subi un lifting globalisé entre désaturation, simplification, prudence. Un beige, c’est un blanc qui n’ose pas. Un gris, c’est un noir qui veut plaire à tout le monde. On est en plein dans le branding du compromis.
Une étude de DesignRush publiée en 2023 révèle que près de 84 % des rebrandings de marques internationales opérés entre 2015 et 2022 ont réduit leur gamme chromatique. Une majorité écrasante a délaissé les couleurs vives ou connotées culturellement pour adopter des tons dits « universels », en réalité, lissés, neutres, inoffensifs. Sauf qu’il y a un problème. L’universel n’existe pas, il n’existe qu’un consensus temporaire sur ce qui ne froisse personne. Et à force de ne froisser personne, on ne touche plus personne.
Prenons des exemples concrets, où quand Pepsi lance une campagne globale, elle évite soigneusement les rouges trop vifs (car perçus comme agressifs en Europe), les verts trop saturés (associés au sacré dans certains pays musulmans), ou encore le violet trop royal (tabou au Brésil dans certains contextes funéraires). On obtient alors un branding tellement clean qu’il en devient invisible. Le “lowest common denominator design”, ou “design pour le plus petit dénominateur commun” devient la norme dans toutes les industries.
Pourquoi tant de peur ? Parce que la mondialisation n’est pas seulement une ouverture commerciale, elle est aussi une hyper-exposition culturelle. Une gaffe visuelle devient virale en 3h, et un logo mal interprété en Corée peut flinguer ta campagne au Canada. C’est l’effet papillon, version réseaux sociaux. Et comme les DRH ont trop souvent remplacé les anthropologues, on applique un filtre beige sur tout. On évite le rouge sang, le noir dramatique, le jaune solaire. Trop connoté, trop risqué, trop vivant.
Mais ce qui est tragique, c’est que les marques confondent prudence et disparition. L’uniformisation visuelle ne crée pas du lien global, elle fabrique de l’oubli généralisé. Tout est plat, aseptisé, interchangeable. La mondialisation aurait pu être une mosaïque d’identités, elle est devenue un fond d’écran gris.
Derrière chaque branding devenu beige se cache une peur panique, celle du faux pas culturel. Le bad buzz qui explose sur Twitter à 3h du matin, le communiqué d’excuses en trois langues. Les marques vont naturellement adopter des tendances visuelles dites “safe”, à comprendre comme fades, standardisées, et pré-approuvées par trois consultants et un board juridique. On est jamais trop prudent.
C’est compréhensible, la culture n’est pas un terrain neutre. Elle est minée de symboles, de couleurs, de gestes, de chiffres même, qui peuvent signifier le divin à un endroit, l’insulte suprême à un autre. On se souvient encore du fiasco de Nike en Inde, accusée en 1997 d’avoir imprimé un motif proche du mot “Allah” sur des sneakers, entraînant boycott et rappel mondial. On a bien expliqué le sujet dans notre article de L'Étude de Marché : comment la culture influence le marketing avec 10 autres exemples du même style.
Les “visuels globaux” deviennent des carcans. Des visages flous, des couleurs désaturées, des formes abstraites. L’idée n’est plus de séduire, mais de ne pas choquer.
On obtient malheureusement un alignement globalisé sur l’inoffensif. Du design sans racines, du branding sans angle, voire une prudence graphique qui rassure en réunion mais laisse les consommateurs parfaitement indifférents.
Si les marques adoptent des couleurs dites “inoffensives”, ce n’est pas seulement par peur de scandaliser un marché. C’est aussi, et surtout, parce qu’on leur a dit que c’est ce que les gens veulent.
Des études récentes menées par Pantone Institute et Behavioral Science Applied (2023) montrent que les couleurs dites “neutres” (gris, beige, blanc cassé, taupe, etc) suscitent une sensation de sécurité et de calme. En période de crise (Covid, inflation, burnout collectif généralisé tmtc), les consommateurs associent ces palettes à la stabilité, au contrôle et à la pureté. On clique plus facilement sur un site en blanc cassé avec une typo fine. On fait confiance à un packaging mat beige sable. Un produit gris perle semble “maîtrisé”. À ce niveau-là, c’est de la psychologie de guerre douce.

Mais attention, ce n’est pas de l’amour, c’est de la résignation. Une autre étude, cette fois signée NielsenIQ, révèle que si ces couleurs augmentent la probabilité d’un achat “prudent” de +21 %, elles réduisent la mémorisation de la marque de -36 % après 7 jours. Ce qu’on appelle en neurosciences “l'effet de neutralisation sensorielle”. C’est à dire que ton cerveau n’a rien capté d’émotionnel, et donc qu’il ne retient rien.
Autre paradoxe, les consommateurs ne savent pas toujours ce qu’ils veulent, jusqu’à ce qu’on leur propose autre chose. Un test A/B mené par Adobe Design Lab en 2022 a comparé deux landing pages identiques à un détail près, l’une était beige, l’autre rose corail.
Celle en corail a obtenu +33 % de temps moyen passé sur la page, et +18 % de conversion, parce que le cerveau adore être surpris. Il veut de la cohérence, certes, mais il se nourrit de rupture.
Le problème, c’est que les marques confondent “inoffensif” et “universel”. Alors qu’en réalité, l’inoffensif est souvent un camouflage. On se cache derrière une palette neutre pour éviter de prendre position, de révéler une identité. Et pourtant, les consommateurs d’aujourd’hui, même s’ils cliquent sur le beige, aiment les marques qui osent. Les marques avec une couleur forte sont perçues comme ayant plus de personnalité, de valeur perçue et de différenciation (étude Journal of Consumer Psychology, 2024).

Il fut un temps où le Directeur Artistique pouvait choisir une couleur juste parce qu’elle vibrait. Aujourd’hui, il doit passer par Google Analytics, 3 itérations Figma et l’aval du pôle SEO avant d’oser sortir un violet aubergine.
Et tout cela parce que les KPI sont devenus la bible, et que l’esthétique doit désormais justifier son existence à chaque pixel. Un bouton orange ? Il te faut un A/B test, un benchmark concurrentiel, et une validation CRO. Un fond vert canard ? Non, trop clivant, dit la data. On obtient alors des DA qui ne créent plus, mais qui optimisent.
Une étude de McKinsey Design Index (2023) confirme cette réalité, puisque 72 % des entreprises déclarent que leurs choix de design sont dictés “en priorité par la performance mesurable” plutôt que par l'identité de marque ou la DA. Les équipes créatives deviennent des opérateurs de data marketing. Et ça se voit, à force de se plier aux chiffres, on produit des sites qui se ressemblent tous, des packagings qui rassurent mais n’émerveillent plus.
Le design ne meurt cependant pas, il se standardise tout simplement.
La palette d’une marque ne naît donc plus d’une émotion, mais d’un tableau Excel. Comme traité précédemment, aujourd’hui, on choisit ses couleurs pour plaire à Google, pas à l’œil humain. Le bleu ? Mieux référencé. Le blanc ? Meilleur pour le temps de chargement. Le beige ? Impeccable sur mobile. La DA disparaît au profit d’une optimisation SEO, et à force d’aligner ses choix sur les robots, on oublie une chose essentielle, c’est que les humains ne scrollent pas une marque, ils la ressentent.
Une étude menée par UX Collective en 2023 montre que 85 % des top landing pages utilisent une gamme de 2 à 3 couleurs maximum, souvent neutres, froides et ultra-contrastées. C’est bon pour la lisibilité, oui. Mais pour l’émotion ? Nada. Même la pub programmatique a son mot à dire, certains tons convertissent mieux sur Meta Ads, donc on a fini par aligner les pixels sur la logique publicitaire plutôt que sur une vision artistique.
Certaines marques ont fait du standard leur arme fatale. Pas de couleurs vives, pas de risques typographiques, pas de place au doute, juste assez d'identité pour être reconnaissables, jamais trop pour être rejetées. On pense bien sûr à Apple, dont le blanc, le gris et l’aluminium ont redéfini le “haut de gamme silencieux”, avec une esthétique clonée depuis par toute la tech mainstream. Idem chez Zara ou IKEA, qui ont tout misé sur la neutralité visuelle pour s’imposer dans toutes les cultures, des centres commerciaux mexicains aux banlieues d’Helsinki.
Et ça fonctionne. Parce que la standardisation rassure, surtout à grande échelle. Un branding neutre devient un passeport international. Tu peux vendre dans 30 pays sans changer une virgule, mais à quel prix ? Une étude de Forrester (2024) révèle que les marques à identité “faiblement différenciée” ont 2,4 fois plus de mal à générer de l’attachement émotionnel. On t’achète mais on ne se souvient pas de toi quoi.
Le “bon goût universel”, aaah c’est le mythe poli du design globalisé. Ce fantasme qu’il existerait quelque part une palette consensuelle, un style flat design tempéré, une typographie sans caractère qui mettrait tout le monde d’accord, ce cache-misère pour ne froisser personne.
Ce “bon goût” vient principalement d’un prisme occidental, blanc, urbain, middle-class et marketé depuis San Francisco. Ce qui est jugé “élégant” en branding dans une agence de Londres peut être perçu comme froid, voire distant, dans des marchés plus sensoriels ou symboliques. Le bon goût universel est une fiction de PowerPoint.
On pense souvent que les couleurs sont des outils visuels. En vérité, ce sont des condensés d’Histoire, de croyances, de conflits, de sacré. Et ce que le branding global tente d’oublier à coup de palettes neutres revient toujours frapper à la porte du symbolique. Le rouge, par exemple, n’est pas juste énergique ou stimulant. Dans la mémoire collective chinoise, il est célébration et prospérité, mais ailleurs, il est aussi révolution, sang, interdiction. En Russie ou en Europe de l’Est, il traîne encore les relents idéologiques du communisme soviétique, si bien que certaines marques tech s’en sont délibérément éloignées pour ne pas réveiller des imaginaires politiques sensibles.
Même chose pour le vert. En Europe, on l’associe à l’écologie, à l’innocence verte des lessives « naturelles ». Mais dans le monde musulman, le vert est sacré, lié au paradis, au prophète, à la spiritualité. Une marque occidentale qui utilise ce vert dans un contexte marketing profane (alcool, cosmétique, luxe tapageur) sans en saisir le poids symbolique risque de commettre bien plus qu’un impair visuel, un blasphème rien que ça oui oui.
Et le blanc, couleur de paix et de pureté ? Pas si simple. Au Japon ou en Chine, il est aussi la couleur du deuil. Une entreprise qui choisit un branding immaculé pour communiquer sur un service de mariage ou une naissance sans adapter son code couleur local peut, sans le vouloir, évoquer la mort au lieu de la vie. Pas exactement l’effet escompté. Pour en savoir plus, jette un petit coup d’oeil à notre article d’exception sur le design culturel et religieux qui approfondi la notion des couleurs, des chiffres, des postures et bien plus.
Si la couleur se fait la malle au profit de la neutralité, il y a un autre mouvement qui, lui, grimpe en flèche, la personnalisation. Et pas juste pour le plaisir de coller son prénom sur une bouteille de soda. Il s’agit ici de business pur, de performance mesurable, de fidélité dopée aux hormones du “c’est à moi”.
D’après une étude menée par Deloitte en 2023, 80 % des consommateurs sont plus enclins à acheter auprès d’une marque qui offre une expérience personnalisée, et 76 % se disent frustrés par l’absence de personnalisation dans les offres proposées. C’est simple, aujourd’hui, ton produit ne parle pas au client s’il ne parle pas de lui. Et c’est encore plus vrai chez les Millennials et la Gen Z, qui ont été élevés avec des algorithmes qui finissent leurs phrases à leur place.
Prenons l’exemple de Nike By You (anciennement Nike ID), qui permet aux utilisateurs de customiser entièrement leurs baskets (couleurs, lacets, textures, logos). Résultat +20 % de fidélisation mesurée dans les cohortes clients ayant utilisé l’option, et ce n’est pas juste un gadget, c’est une mécanique d’attachement émotionnel. Le même phénomène a été observé chez Coca-Cola avec la campagne “Share a Coke”. L’introduction des prénoms sur les étiquettes a provoqué une hausse des ventes de 2 % sur un marché pourtant saturé, et surtout, le double d’engagement sur les réseaux sociaux, sans même changer la recette.
Mais ce n’est pas uniquement du marketing, car c’est aussi de la psychologie. Une publication du Journal of Consumer Research (2024) démontre que les objets personnalisés activent des zones cérébrales associées à la possession et à la mémoire affective. Traduction, on garde plus longtemps, on jette moins vite, on en parle plus facilement. Même dans l’accessoire tech ou le textile, des marques comme Casetify ou Levi’s ont compris que le fait de permettre à un utilisateur de “co-créer” son produit multiplie la valeur perçue, sans nécessairement doubler le coût de fabrication.
Alors que le beige règne sur LinkedIn et que le blanc domine les landing pages B2B, un autre monde vit sa best life en technicolor, celui de la Gen Z sur TikTok. Oui, pendant que certaines marques épuisent leurs chartes chromatiques dans le gris taupe et le bleu cobalt bien-pensant, la génération post-milléniale explose tout en rose néon, vert slime et orange corail.
Mais attention, ce retour du fluo n’est pas une régression stylistique des années 2000. C’est une stratégie identitaire. Le fluo est une prise de position.
Sur TikTok, l’algorithme favorise l’expressivité, la différenciation, et surtout, la captation immédiate. Or, selon une étude de Hootsuite x Forrester (2024), les vidéos comportant des éléments de couleurs très saturées (notamment néon ou fluo) obtiennent en moyenne 38 % de watch time en plus, et génèrent +24 % d’interactions. Ce n’est pas une question de goût, c’est une réponse biologique au contraste dans un océan de beige digital.
Mais ce revival ne s’applique pas à tous les secteurs. Il est hyperciblé. Les marques beauté, mode, accessoires lifestyle, tech young & fun en profitent à fond. On pense à e.l.f. Cosmetics, ou à Dolls Kill qui font du fluo un outil d'appropriation générationnelle. Le fluo ne s’adresse pas à tout le monde, il s’adresse à celles et ceux qui veulent crier leur individualité au milieu du bruit.
Mais voilà le twist, ce fluo n’est pas une constante, c’est un code tribal. Il fonctionne dans TikTok, pour TikTok. Sors-le de son écosystème, et il perd son sens. Colle-le dans une interface bancaire ou une marque de medtech, et tu obtiens une erreur 404 visuelle. On va donc plus parler d’une signature communautaire. Et elle obéit à des règles strictes entre ironie, exagération et transgression visuelle. Un fluo sans intention, c’est juste moche, alors qu’un fluo assumé, c’est une arme culturelle.
Le monde sature d’infos, de crises, de notifications, de mauvaises nouvelles en push et de reels trop courts pour digérer quoi que ce soit. Et face à cette fatigue émotionnelle généralisée, un phénomène inattendu revient à la surface, la saturation colorimétrique comme antidote visuel. Il s’agit d’une réponse neurologique à un trop-plein mental.
Selon une étude de l’université de Toronto Scarborough (2023), les individus soumis à une charge cognitive élevée préfèrent instinctivement des visuels plus vibrants et saturés. Parce que ces couleurs stimulent les zones du cerveau liées à la récompense et à l’éveil, un mécanisme de compensation face à l’épuisement émotionnel. Le rouge vif, le bleu électrique, le jaune solaire sont des déclencheurs dopaminergiques, des électrochocs visuels.
On observe ce phénomène dans les choix de design post-Covid. Là où le confinement avait asséché les interfaces dans une mer de gris, les années suivantes ont vu fleurir des campagnes explosant de couleurs, le rose bubblegum de Valentino, les visuels néon de Spotify Wrapped, le retour du vert acide chez Balenciaga. Même les interfaces de marques comme Klarna ou Duolingo se sont mises à saturer leurs palettes pour créer de la chaleur là où l’expérience utilisateur devenait robotique. Ce n’est pas un hasard, puisqu’on assiste à une reconquête sensorielle.
Dans les environnements numériques, la saturation est aussi une stratégie d’ancrage. Une étude du MIT Media Lab (2024) démontre que les éléments colorés et saturés dans un design multiplient la rétention visuelle par 1,7. On se souvient plus vite, plus longtemps, plus précisément.
Plus encore, la saturation colorimétrique est une façon pour les marques d’assumer une voix émotionnelle forte. De dire “je suis vivant” à une audience en pilotage automatique.
C’est le grand écart que toutes les marques rêvent de réussir, un goal ultime, à savoir être reconnaissables sans être clivantes, oser quelque chose sans perdre tout le monde en chemin. Mais attention, il y a une différence abyssale entre une identité qui intrigue et une identité qui dérange.
Prenons l’exemple de Benetton, dont les campagnes publicitaires à la fin des années 80 et 90 ont longtemps flirté avec le malaise (VIH, racisme, guerre…tout y passait). Sauf que ces prises de position, aussi marquantes soient-elles, ont souvent éclipsé le produit lui-même. Aujourd’hui, on se souvient des affiches, pas des fringues. À l’inverse, Airbnb, après des débuts visuellement fades, a osé une refonte visuelle (le "Bélo") qui a d’abord été moquée… avant de devenir un marqueur fort, doux, inclusif, bref, parfaitement calibré pour séduire sans polariser. Oser, c’est bien, forcément, mais dans une grammaire émotionnelle compatible avec la cible.
Une étude de McKinsey & Company (2024) confirme que les marques les plus performantes sont celles qui arrivent à “se différencier avec bienveillance”. Elles innovent visuellement ou symboliquement, mais restent en phase avec les référents culturels de leurs audiences.

Psychologiquement, cela s’explique. C’est simple, le cerveau humain adore les écarts, tant qu’il peut les recadrer. Une DA trop radicale sans contexte est vécue comme une agression cognitive et une DA inattendue mais justifiée (par la mission, le ton, l’histoire) est interprétée comme une promesse. Nuance cruciale.
Selon une étude menée par The Color Association of the United States (2023), 80 % des consommateurs reconnaissent une marque d’abord par sa couleur avant son nom ou son logo. Autrement dit, quand tout devient beige, le premier qui ose un bleu cobalt bien placé ou un jaune iconique gagne un ticket pour l’esprit du public.
Mais oser ne veut pas dire saturer à tout-va. C’est maîtriser l’usage symbolique et émotionnel de la couleur, savoir créer une teinte maison (Coucou Tiffany, Coucou Barbie), ou réinvestir un code visuel oublié. Ce n’est pas l’abondance chromatique qui crée l’identité, c’est la cohérence. Aujourd’hui, revenir à une couleur forte et bien choisie, c’est plus audacieux que de sortir une charte de 48 nuances fade-proof.
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