vendredi 16 mai 2025 à 18:21

Co-fondatrice de Pinstrap. J’aime les pixels bien placés, les mots bien sentis, et les concepts qui laissent une trace (dans la tête, pas dans l’atmosphère). Dotée d'un humour indéniablement violent, je vulgarise les sujets complexes pour que chacun, même le plus éclaté, comprenne les sujets relatifs à la com'/ marketing/ design/ tech etc. En gros je vous facilite la vie et vos projets de fac ou d'école de commerce.

À l’heure où nos cerveaux saturent de pop-ups, de carrousels, de bannières « engageantes » et d’animations plus épileptiques qu’élégantes, les marques les plus malines ont trouvé un biais plus subtil. Le sensoriel. Là où le message frontal échoue, la sensation s’infiltre, là où le contenu crie, l’ambiance suggère. Et tout cela n’a rien d’un délire new-age. Le marketing sensoriel est une discipline mesurée, traquée, quantifiée et redoutablement efficace.
Une étude publiée en septembre 2023 dans l’International Journal of Professional Business Review sur l’impact du marketing sensoriel (visuel, olfactif, tactile, auditif) auprès d’utilisateurs de parfum en ligne montre que ces stimuli multisensoriels influencent significativement le comportement d’achat
On vit dans une époque saturée de messages et de sollicitations, et donc le cerveau humain devient naturellement sélectif. Il rejette ce qu’il ne peut pas ressentir. Le marketing sensoriel est de ce fait une contre-attaque lente, mais précise, et le web sensoriel n’est pas du futur. Il est déjà là, mais il nous susurre à l’oreille.

Il y a quelques années encore, construire une identité de marque se limitait souvent à une belle charte graphique et un ton de voix travaillé. Aujourd’hui, et bien ça ne suffit plus, parce que l'œil, seul, n’a jamais convaincu un cerveau. Il faut du son, du grain, du volume. Il faut faire appel aux 4 autres sens, de ceux qu’on oublie dans les pitch decks, mais que le corps humain ne désactive jamais.
Prenons le cas du sound branding. Netflix, en 2025, continue de protéger juridiquement son iconique « tudum » sonore, qui génère à lui seul une reconnaissance instantanée. Même chose pour Mastercard, dont la nouvelle signature sonore, développée pour les points de vente physiques et le digital, a augmenté de 8 % la réassurance client lors d’un achat sans contact. Ce n’est pas un jingle. C’est un outil de conversion.

Et que dire du toucher pardi ? Sur un site, on pourrait croire ce sens inactivé. Et pourtant. Le web tactile existe bel et bien. Pas au sens physique, mais via le design visuel de la matière : un effet de grain, de tissu, de papier brut, utilisé dans les interfaces ou les packagings numériques, active la mémoire haptique du cerveau. Une étude menée par Adobe UX Lab (2023) révèle que les interfaces web qui simulent une texture (ombres légères, micro-grain, flous directionnels) déclenchent +17 % de temps d'exploration supplémentaire (pratique confirmée dans des rapports UX de 2023 comme Adobe Digital Trends). Comme si le cerveau essayait inconsciemment de “toucher avec les yeux”. Oui, c’est chelou. Mais surtout, c’est puissant.
Et puis, il y a l’odorat aka marketing olfactif. Le grand oublié du digital. Une vraie victime du système. Pourtant, certaines marques ont trouvé des moyens brillants de le mobiliser. Pour des marques physiques ou e-commerce (comme Lush), les stimuli olfactifs via packaging parfumé ou magasins sens dessus dessous sont largement utilisés, car l’odorat active des mémoires émotionnelles fortes, et renforce l’ancrage de marque. Bien que cet aspect ne soit pas nécessairement “digital”, des expériences phygitales (livraisons parfumées, packaging textile) donnent un vrai boost à l’émotion utilisateur, donc à la conversion, et les études en marketing sensoriel offline confirment cette pratique.
La grande question reste : peut-on faire du sensoriel dans un monde 100 % digital ? La réponse tient en deux lettres : UX. Une UX bien pensée est une UX sensorielle. Pas besoin de sortir des synthés ou de diffuser de la lavande par écran interposé. Il s’agit de penser l’expérience comme un flux de sensations.
Des micro-interactions bien placées, un feedback visuel léger (un bouton qui pulse doucement quand on le survole, une animation qui ralentit au scroll) activent la mémoire kinesthésique. On parle ici de sensations liées au mouvement, qui améliorent la compréhension du contenu et augmentent les conversions. Un test Baymard Institute (2025) montre que l’ajout de micro‑interactions comme retours visuels et animations dans les formulaires peut réduire le taux d’abandon de 27 %.
Par ailleurs, UX Planet (2024) note que la majorité des utilisateurs (jusqu’à 82 % Android, 61 % iPhone) choisissent le mode sombre non seulement par style, mais aussi pour un confort visuel amélioré, confirmant que le dark mode est un vrai outil sensoriel digital. Le sensoriel digital, c’est aussi le contraste visuel, la gestion des blancs, l’ombre et la lumière. Des notions simples, mais négligées. L’usage d’une palette analogue douce, d’une typographie aux courbes légèrement irrégulières, ou d’un mode sombre activable à volonté, ce sont autant d’outils sensoriels… codés en CSS.
Certaines marques ont compris que le sensoriel, c’est ce qui reste quand le message est oublié, et elles en font donc une stratégie à part entière. Prenons le cas de Rhode, la marque de skincare fondée par Hailey Bieber. L’un de leurs produits phares, les gloss, a été massivement promu par le biais de vidéos ASMR, de textures hyper visuelles, de sons doux à l’application. Car non, personne ne peut tester un gloss en scrollant. Alors il faut le faire ressentir autrement. C’est du skincare qu’on ne touche pas… mais qu’on ressent déjà.

Autre cas emblématique : Lush. Là, le sensoriel explose. Les magasins sont de véritables laboratoires de stimulation (couleurs saturées, textures visibles, senteurs qui envahissent l’espace). C’est immersif, parfois presque excessif, mais redoutablement efficace. Ce design sensoriel global remplace le test produit, chaque visiteur reçoit une expérience suffisamment forte pour déclencher l’acte d’achat sans démonstration. Une stratégie validée par les taux de conversion remarquables en boutique.
Plus subtil mais tout aussi brillant : Le Labo (obsession du moment on en parle partout). La marque de parfumerie new-yorkaise vend une sensation. Packaging kraft rugueux, étiquettes typées imprimerie industrielle, flacon lourd à l’ouverture sèche, odeur complexe. Même la police de caractère est sensorielle. Rien n’est laissé au hasard. En résultat on obtient une expérience si mémorable qu’elle crée une forme de “branding olfactif post-physique”. Tu sens Le Labo, tu le reconnais. Pas besoin du logo.
Et enfin, Hermès, maître de la suggestion. Là où d’autres surchargent, Hermès retire. Le design est feutré, la matière est au centre (cuir, soie, papier texturé), et le son est absent. Le silence devient un acte de marque. Cette radicalité sensorielle, qui laisse l’imaginaire faire le travail, renforce une fidélité rare dans le luxe. Selon Bain & Co (2024), Hermès affiche une fidélité client à 5 ans 2 fois supérieure à la moyenne du secteur.
Créer une marque sensorielle ne veut pas dire ajouter une odeur vanillée à chaque produit ni diffuser un jingle au moindre clic. Le vrai marketing sensoriel commence par une chose simple : connaître le corps de son audience. Pas son cœur, son corps.
Quel est son environnement ? Est-il en open space ou dans un train quand il voit ta pub ? Est-il en train de scroller le soir dans le noir ? A-t-il le temps d’écouter ou juste de ressentir ? Toutes ces questions vont déterminer comment déclencher une sensation au bon moment.
Une DA peut être sensorielle si elle parle d’émotion plus que d’image. Une expérience utilisateur peut l’être si elle propose des variations (sons, feedback, animation) pensées comme des respirations. Et une charte peut devenir sensorielle si elle s’autorise à ne pas séduire, mais à imprégner.
Et la vraie question n’est donc pas « quelle couleur pour ma marque ? » mais « quelle sensation doit-elle provoquer sans que j’aie besoin de parler ? ».
Exemple plus niché, le food marketing. Ce dernier excelle dans l’exploitation des sens (vue, toucher, son, olfaction) pour créer une connexion immédiate, presque instinctive. Des textures croquantes ou onctueuses, jeux de lumière, et bruitages de découpe ou froissement activent directement l’émotion et l’inspiration sensorielle, et ça vend.

Gros plans sur les aliments : crème fouettée, sauce satinée, découpe croquante… Cette approche stimule l’imaginaire du goût, provoquant même une sensation de salivation.
ASMR culinaire : en superposant le visuel gourmand à des sons de croquant ou de découpe, on intensifie l’immersion, forcément.
Résultats concrets (A/B test 2023) :
Reel “macro + ASMR” vs version muette.
Engagement +35 %, temps de visionnage +27 %.
FOOH (Fake Out‑Of‑Home) propose des visuels alimentaires énormes sur mobiles (pizza géante dans une rue, par exemple).
Offrant un effet « wow » viral, cette technique capte l’attention et encourage le partage.
Impact test A/B :
Version classique vs FOOH : +42 % de partages, +58 % d’impressions.

Le neuro‑marketing montre que visuel + son + texture active les zones cérébrales liées au plaisir, simulant l’expérience du goût.
Résultats A/B :
Version visuelle seule vs version multisensorielle.
Taux de conversion multiplié par 2 avec le combo sensoriel.
En somme :
Levier sensoriel | Technique | KPIs mesurés |
|---|---|---|
Visuel macro + ASMR | Reels croquant + gros plans | Engagement +35 %, durée +27 % |
FOOH 3D géant | Image mobile en trompe-l’œil | Partages +42 %, impressions +58 % |
Influenceurs food | Storytelling audio & visuel | CTR +70 % vs contenus classiques |
Combo visuel + son | A/B test multisensoriel | Conversion ×2 par rapport au visuel seul |
SEO gourmand | Pinterest, Reels gastronomie | Référencement boosté sur le long terme |
Chez nous, Agence Pinstrap de bg, on ne cherche pas à te faire “entendre” ta marque. On veut que tes utilisateurs la sentent, la vivent, l’associent à quelque chose de profond, de flou parfois, mais inoubliable. Parce qu’un scroll peut s’oublier alors qu’une sensation, jamais.

Discutons de vos besoins et voyons comment nous pouvons vous accompagner dans la réalisation de vos objectifs.